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mercredi 23 septembre 2026

C'était écrit une pensée de Nexon 87


Partout où j'ai voulu dormir,
Partout où j'ai voulu mourir,
Partout où j'ai touché la terre,
Sur ma route est venu s'asseoir
Un malheureux vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
A de MUSSET.




Ce jour là est à marquer d’une pierre blanche. Le 17 juin vers 15h00, Ernest est en train de surveiller les enfants dans la cour de récréation. Adossé comme à son habitude sur la margelle de la fenêtre à barreaux de l’ancienne gendarmerie reconvertie en salle d’art visuel qui borde la cour de récréation. Il se tenait là, à proximité du banc des enseignants afin de ne pas gêner leurs conversations.




Pendant l'après-midi, Ernest sent dans son ventre comme un pincement. Il n’y aurait pas fait attention plus que ça, s’il n’avait aperçu au même instant, à sa grande stupeur, les barreaux de la fenêtre au travers de son propre corps. Personne ne semblait avoir remarqué ce phénomène plus qu’étrange - Ernest raconta bien plus tard que sa vue s’était brouillée, que ses pensées étaient si confuses qu’il était à peine capable de fixer un point au loin; ses mains avaient palpé son corps sans rien sentir de particulier pourtant l’image des barreaux le traversait toujours comme s’il fût de verre. Les enfants qui passaient à côté de lui en le frôlant ne manifestaient aucune surprise. Il fut bien obligé de constater qu’il était en quelque sorte devenu transparent.

Le lendemain, il décide de consulter son médecin; c’est une femme de caractère, ancienne championne de nage synchronisée. Son diagnostic est rapide et sans ambages : tout est normal chez lui, il n’y a pas matière à s’inquiéter sauf qu’elle constata tout de même, à la grande surprise d’Ernest, un léger rétrécissement de son ombre; mais rien de bien alarmant. Elle lui conseillera toutefois de se tenir loin du soleil pendant quelque temps.

Au fil des jours Ernest suivit son conseil, il fit de son mieux pour se retrancher à l’abri des rayons solaires. Chaque jour qui passait, il notait ses impressions et constatait avec une peur grandissante, à quel point il semblait presque s’effacer - un matin même, il devint si transparent qu’il crut qu’il allait disparaître totalement. Heureusement cette expérience ne semblait concerner que lui, personne ne remarquait cette bizarrerie tellement étonnante. Ernest se rassurait au fil des heures, tantôt il était là, tantôt il disparaissait presque - visible, invisible.

C’en eut été presque drôle si un soir après la classe, alors que notre héros, appelons-le ainsi, s'éclipse discrètement tel un grand félin, un étrange personnage vient à sa rencontre les bras grands ouverts. Ce monsieur se présente à lui de façon tout à fait joviale, semblant le reconnaître comme un ami. Ernest, tout d’abord intrigué fait la moue puis devant le visage engageant de l’individu, il se laisse aller à l’écouter, fatigué des longues journées de solitude sans pouvoir échanger une parole. Alors devant plusieurs personnes qui le regardent, il serre chaleureusement la main que lui tend si amicalement l’étrange personnage qui se présente de façon bruyante et exubérante. Il dit s’appeler : François Bénéfisto grand maître de conférence, ancien élève des beaux arts de Quimper. Pendant un long moment il ne cesse de vanter les qualités d’Ernest en lui promettant un avenir radieux. Enfin ils se séparent, Bénéfisto tend, tel un grand seigneur, sa carte à Ernest en lui promettant de se revoir bientôt. Ernest descend la rue hagard un peu ivre en titubant vers sa voiture.

Quelques jours plus tard Bénéfisto croise à nouveau Ernest dans la grand rue du village. Cette fois, il est accompagné d’une créature sublime offrant un large décolleté. Bénéfisto toujours aussi jovial réitère ses offres de service à Ernest. Il l'entraîne ensuite vers la terrasse d’un café, commande des apéritifs et des tapas tout en prenant soin de l'asseoir à côté de la créature. Celle–ci déploie ses grands bras nus comme des ailes et sort d’une pochette en cuir de vachette rouge des documents que Bénéfisto s’empresse de commenter.

Tout en haut de la page de garde , Il est écrit, en large caractères, que Maître Bénéfisto reconnaît pleinement les qualités ainsi que les compétences d’Ernest - de plus il s'engage à lui offrir, dans le cadre d’une formation avec (la créature) l'occasion d'exprimer tout son talent dans une affaire des plus intéressante. Les conditions et le salaire sont à l’avenant : prometteurs. Ernest a du mal à cacher son trouble en comptant les zéros. Il est à la fois abasourdi et fasciné par ce qui lui arrive. La créature qui lui sourit béatement comme s' il avait gagné au loto, la voix forte en écho de Bénéfisto qui déclame comme un poète résonne dans ses oreilles.

Une voiture de luxe vient se garer le long du trottoir. Bénèfisto se lève, jette un billet de cinquante euros sur la table, puis il ouvre une portière - la créature et Ernest à sa suite s’engagent dans l’auto qui démarre en trombe. Après un trajet de plusieurs kilomètres, pendant lesquels Ernest ne cesse de regarder à la dérobée les jambes de la créature, la voiture stoppe finalement devant un grand restaurant gastronomique à la mode…